Communiqué du 4 mars 2026
Gestion du risque requins, 7 ans de procédures et des chiffres toujours inexploités…

Cela fait sept ans qu'EPLP pleure les victimes, analyse les données, demande des études, réclame de la méthode et, de guerre lasse, saisit les juridictions. Sept ans, c'est long…
Une étude très récente (« Sharktober », Frontiers in Marine Science, 2026) montre un pic d'interactions avec les requins tigre en octobre à Hawaï (hémisphère nord), en concordance avec la période de reproduction et de mise bas : superposition entre pic de fréquentation côtière des femelles, pic d'activité biologique liée à la reproduction, pic de fréquentation humaine et pic d'accidents.
Est-ce transposable à la Nouvelle-Calédonie ? Nous avons analysé les chiffres calédoniens accessibles mais obstinément inexploités par ceux « en charge ». La base scientifique recensant les accidents (dataset NC / La Réunion, 62 cas documentés entre 1980 et 2022) montre qu'en Nouvelle-Calédonie aussi le risque est massivement saisonnier :
- 15 accidents en mars sur 62, soit près du quart du total sur ce seul mois ;
- 80 % des accidents ont lieu entre décembre et mai (49 sur 6 mois, contre 13 de juin à novembre).
Un test statistique standard démontre que cette concentration n'a rien d'aléatoire (p < 0,001). Autrement dit : le pic calédonien existe, il est documenté, il est mesurable.
Selon nos sources, sur les 10 individus abattus la semaine dernière, 9 étaient des tigres femelles gestantes. Si cette information est confirmée par les rapports de pêche dont nous avons demandé la communication, elle renforcera l'hypothèse d'une concordance entre la présence saisonnière des femelles reproductrices et l'augmentation des interactions sur les littoraux calédoniens.
Or le modèle hawaïen montre qu'une destination touristique majeure peut gérer le risque requins sans dispositifs lourds (abattages, filets, drumlines), en privilégiant la gestion comportementale, la surveillance et la communication adaptée sur le risque. Entre 1959 et 1976, un programme public y a capturé et tué 4 668 requins sans que le taux d'attaques ne diminue : l'élimination de requins n'est pas une stratégie efficace de sécurité publique. Hawaï a d'ailleurs interdit en 2021 de tuer ou capturer un requin dans ses eaux.
Depuis sept ans, EPLP observe ici une agitation politicienne couplée à une inertie scientifique. Il appartient désormais aux autorités de demander officiellement à la recherche locale de se saisir de ces données pour produire une évaluation des politiques menées, une analyse indépendante des risques réels et des propositions de gestion raisonnée. Analyser. Tester. Publier. Expliquer. La science ne gesticule pas, elle démontre.
Et si, comme on le pense, le risque est saisonnier, alors on peut imaginer une gestion saisonnière des activités, une information ciblée, une surveillance renforcée sur certaines périodes et l'adaptation des usages du littoral au niveau effectif de risque. Il n'y a plus guère que la Nouvelle-Calédonie et son inspiratrice, La Réunion, qui abattent aveuglément...
EPLP remercie vivement ses bénévoles qui contribuent à assurer une veille scientifique rigoureuse et indépendante. Ce travail n'est ni spectaculaire ni médiatique mais il est indispensable à notre collectivité.
Pour EPLP, Martine Cornaille
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